3Juge d'instruction à Grasse depuis dix-neuf ans, Jean-Pierre Murciano a enquêté sur de nombreuses affaires de délinquance internationale ou d'opérations mafieuses dans la région. Un métier à risques qu'il a entrepris après dix années d'expériences professionnelles et qui suppose, selon lui, une grande expérience du terrain pour être efficace.

Devant les aspirants journalistes de l'IUT de Cannes, le juge Murciano a démonté les rouages de la justice française et a démontré ses dysfonctionnements, avant d'expliquer pourquoi la presse doit être un atout pour la justice.

Grand banditisme, dérives mafieuses, escroqueries, drogue : la liste est longue. A cinquante-cinq ans, le juge d'instruction Jean-Pierre Murciano a acquis une renommée, après avoir traité de multiples dossiers particulièrement sensibles. Il se définit lui-même comme « un magistrat atypique » puisque, d'une part, ayant effectué une formation de psychologue, il n'a pas suivi le même cursus que ses collègues et, d'autre part, cela fait dix-neuf ans qu'il est en poste à Grasse, une situation peu fréquente : « Les infractions compliquées supposent une connaissance du terrain qui s'acquiert au fil des années et permet de comprendre les fonctionnements souterrains de la région », dit-il.

    « Le juge d'instruction règle les comportements anti-sociaux des gens », déclare-t-il. C'est tout un corps hiérarchisé, le parquet (composé du substitut du procureur, d'un procureur adjoint, du ministre) qui régule le fonctionnement de la justice. C'est le parquet qui demande au juge d'instruction d'enquêter. Une fois que le dossier est ouvert, le juge d'instruction a beaucoup de pouvoirs mais ils restent limités : « Il existe une volonté politique que les dossiers sensibles n'échappent pas au parquet au profit du juge d'instruction », analyse Jean-Pierre Murciano.

« Le procès d'Outreau n'est qu'une erreur humaine »

Pour lui, la justice française est pleine de dysfonctionnements : « En France, la politique pénale est influencée par le politique alors qu'en Italie, les magistrats se trouvent complètement indépendants du pouvoir. Les sources d'erreurs viennent de l'absence de contrôle total et réel du juge d'instruction ».

L'exemple type du procès d'Outreau n'est qu'« une erreur humaine ». Selon le juge Murciano, « comment empêcher que les magistrats se trompent si on ne change pas beaucoup de choses dans le système ? »

De nombreux paradoxes émaillent la justice et le juge Murciano ne se prive pas d'y faire référence.

Les relations avec la presse, par exemple. En France, il est interdit de critiquer des décisions de justice. Cependant, la presse peut les commenter.

Murciano pour la levée du secret de l'instruction

L'article 11 du Code Pénal interdit aux magistrats d'être en relation avec les journalistes, sous peine de prison. En revanche, selon Jean-Pierre Murciano, « la presse est le dernier rempart de la démocratie aujourd'hui. Lorsqu'on a à faire à des dossiers sensibles, elle permet de ne pas les oublier ». Les relations avec la presse sont bannies mais « tous les juges [y] ont eu recours pour permettre à leur enquête de prospérer », constate-t-il.

D'ailleurs, Jean-Pierre Murciano milite pour la levée du secret de l'instruction. Le syndicat de la magistrature s'est prononcé dans ce sens puisque le fait que la presse n'a pas les mêmes limites apporterait peut-être un plus à la justice : « Il faudrait autoriser les rapports avec la presse puisqu'elle est une source d'informations importantes pour la compréhension des dossiers », souhaite le juge.

La justice française semble cacher de nombreuses imperfections. Alors que le pouvoir de l'argent domine la société et que le pouvoir politique domine la justice, peut-on supposer que les principes mêmes de la démocratie sont en danger ?