14 novembre 2006
Les accros à la chirurgie esthétique
Des seins ronds et fermes, des lèvres
parfaitement dessinées, des rides effacées, des fesses bombées… Retoucher son
corps aujourd’hui n’est plus de l’ordre de l’inconcevable. Depuis une dizaine
d’années, la chirurgie esthétique connaît une véritable explosion, la Côte
d’Azur en pôle position de cette impressionnante évolution.
L’humanité refuse de vieillir. Ou plutôt, désire plaire le plus possible. Et puisque la médecine offre désormais des solutions, pourquoi ne pas en profiter ? Depuis peu, la chirurgie esthétique connaît un incroyable essor : « C’est une obsession de ne pas vouloir vieillir, c’est une forme de névrose. A Cannes, il y a un nombre important de personnes âgées qui ne voient qu’une solution : la chirurgie », constate Michèle, amatrice de crèmes anti-vieillissement.
La course à la jeunesse éternelle n’est pas la seule motivation des amatrices du genre. L’apparence a pris une telle place dans la vie des gens que leurs motivations sont essentiellement psychologiques. La beauté envahit les reportages télévisés, les magazines, les clips musicaux. Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui ont multiplié les opérations, espérant ainsi ressembler au mieux à un modèle stéréotypé, imposé par les médias : « Aujourd’hui, c’est la mode des anorexiques aux gros seins. Quand je vois à la télévision, que pour vendre une savonnette, on est obligés de voir une paire de fesses, c’est hallucinant (…) C’est malheureux à dire mais nous sommes en fin de civilisation, les bordels sont dans la rue », se désole Monique, une jolie et naturelle cannoise de 57 ans.
Alors qu’elle était utilisée
auparavant de façon réparatrice pour guérir certains maux, la chirurgie
esthétique devient un véritable phénomène de société. Elle progresse de 10 % par an, soit environ 120 000
interventions chaque année. Sur 1300 praticiens déclarés en France,
neuf-cents exercent sans diplôme. « De nombreux chirurgiens en font une
activité purement commerciale sans se préoccuper du bien-être de la personne ».
Pour Pierre Nahon, spécialiste en chirurgie esthétique, plastique et
reconstructrice, certains chirurgiens bénéficient du rapport de
confiance pour exploiter la détresse des gens. Parfaitement d’accord avec le
spécialiste, Michèle travaille depuis quinze ans aux côtés de professionnels à
Paris. Elle fait un triste constat : « Les
chirurgiens esthétiques viennent ici pour l’argent, il suffit qu’ils
s’installent sur la Croisette et pour eux, c’est le paradis. La clientèle, qui
est à proximité, leur est offerte sur un plateau ».
Pourquoi la chirurgie
esthétique sur la Côte d’Azur est-elle aussi présente ? Amandine, une
jeune cannoise, y a eu recours l’an dernier « après mûre
réflexion », dit-elle. « Je me suis faite refaire les seins
que je ne jugeais pas assez gros (…) Mon souhait est de plaire aux garçons au
maximum ». L’évolution que connaît la chirurgie plastique se ressent
énormément dans la région puisque le coin dégage un certain exotisme : « Le
climat est très propice aux petites tenues, les gens ont la possibilité de se
montrer, la plage, les festivals. Et puis il y a l’argent, les belles voitures.
Tout cela favorise l’apparence et le goût pour l’exubérance », ajoute-t-elle.
Pourquoi résister à la réalisation d’un vœu, cher à beaucoup d’azuréennes, alors qu’un coup de bistouri peut désormais rectifier (voire accentuer) les petits défauts de chacun, qui font pourtant la grandeur et la richesse de l’humanité ? On peut naturellement comprendre le mal-être psychologique qu’engendre une malformation physique, on peut moins admettre le recours excessif à la chirurgie esthétique : « Ici, c’est un défilé de monstres, elles sont complètement défigurées », conclut Michèle. A quand la chirurgie réparatrice … du cerveau ?
La nouvelle tendance de la chirurgie esthétique est au remodelage et au resserrement vaginal. Très en vogue aux Etats-Unis, la dernière folie de l’esthétisme (si on peut encore l’appeler ainsi) atteint l’hexagone. Pour modèle, les cliniques américaines, qui offrent depuis cinq ans environ ce type d'intervention médicale.
Inspirées des films pornographiques, les patientes peuvent concevoir leur contour de lèvres idéal en feuilletant un magazine et comparer « avant » et « après ». En se banalisant, la pornographie devient de plus en plus une référence en matière de beauté féminine. Le besoin de perfection est de plus en plus grand chaque année et s'est maintenant déplacé des parties du corps évidentes au public, aux parties les plus intimes d'un corps de femme. D’autres encore se font resserrer le vagin pour augmenter leur plaisir sexuel.
Naturellement, toutes ces opérations entraînent des risques de complication. Il peut causer des dommages aux nerfs et aux organes voisins, les cicatrices peuvent rester douloureuses et saigner, et le comble, un resserrement supplémentaire peut se produire et interdire tout rapport sexuel...
10 novembre 2006
Jean-Pierre Murciano (juge d’instruction à Grasse) : un homme de parole
Juge d'instruction à Grasse depuis dix-neuf ans, Jean-Pierre Murciano a enquêté sur de nombreuses affaires de délinquance internationale ou d'opérations mafieuses dans la région. Un métier à risques qu'il a entrepris après dix années d'expériences professionnelles et qui suppose, selon lui, une grande expérience du terrain pour être efficace.
Devant les aspirants journalistes de l'IUT de Cannes, le juge Murciano a démonté les rouages de la justice française et a démontré ses dysfonctionnements, avant d'expliquer pourquoi la presse doit être un atout pour la justice.
Grand banditisme, dérives mafieuses, escroqueries, drogue : la liste est longue. A cinquante-cinq ans, le juge d'instruction Jean-Pierre Murciano a acquis une renommée, après avoir traité de multiples dossiers particulièrement sensibles. Il se définit lui-même comme « un magistrat atypique » puisque, d'une part, ayant effectué une formation de psychologue, il n'a pas suivi le même cursus que ses collègues et, d'autre part, cela fait dix-neuf ans qu'il est en poste à Grasse, une situation peu fréquente : « Les infractions compliquées supposent une connaissance du terrain qui s'acquiert au fil des années et permet de comprendre les fonctionnements souterrains de la région », dit-il.
« Le juge d'instruction règle les comportements anti-sociaux des gens », déclare-t-il. C'est tout un corps hiérarchisé, le parquet (composé du substitut du procureur, d'un procureur adjoint, du ministre) qui régule le fonctionnement de la justice. C'est le parquet qui demande au juge d'instruction d'enquêter. Une fois que le dossier est ouvert, le juge d'instruction a beaucoup de pouvoirs mais ils restent limités : « Il existe une volonté politique que les dossiers sensibles n'échappent pas au parquet au profit du juge d'instruction », analyse Jean-Pierre Murciano.
« Le procès d'Outreau n'est qu'une erreur humaine »
Pour lui, la justice française est pleine de dysfonctionnements : « En France, la politique pénale est influencée par le politique alors qu'en Italie, les magistrats se trouvent complètement indépendants du pouvoir. Les sources d'erreurs viennent de l'absence de contrôle total et réel du juge d'instruction ».
L'exemple type du procès d'Outreau n'est qu'« une erreur humaine ». Selon le juge Murciano, « comment empêcher que les magistrats se trompent si on ne change pas beaucoup de choses dans le système ? »
De nombreux paradoxes émaillent la justice et le juge Murciano ne se prive pas d'y faire référence.
Les relations avec la presse, par exemple. En France, il est interdit de critiquer des décisions de justice. Cependant, la presse peut les commenter.
Murciano pour la levée du secret de l'instruction
L'article 11 du Code Pénal interdit aux magistrats d'être en relation avec les journalistes, sous peine de prison. En revanche, selon Jean-Pierre Murciano, « la presse est le dernier rempart de la démocratie aujourd'hui. Lorsqu'on a à faire à des dossiers sensibles, elle permet de ne pas les oublier ». Les relations avec la presse sont bannies mais « tous les juges [y] ont eu recours pour permettre à leur enquête de prospérer », constate-t-il.
D'ailleurs, Jean-Pierre Murciano milite pour la levée du secret de l'instruction. Le syndicat de la magistrature s'est prononcé dans ce sens puisque le fait que la presse n'a pas les mêmes limites apporterait peut-être un plus à la justice : « Il faudrait autoriser les rapports avec la presse puisqu'elle est une source d'informations importantes pour la compréhension des dossiers », souhaite le juge.
La justice française semble cacher de nombreuses imperfections. Alors que le pouvoir de l'argent domine la société et que le pouvoir politique domine la justice, peut-on supposer que les principes mêmes de la démocratie sont en danger ?



