« Quand on revient entier d’une telle expérience, on n’est plus le même, on a une autre vision dChristian_Chesnot_2e l’existence ». Cent-vingt quatre jours de détention en Irak. Une expérience bouleversante. Des minutes qui durent des heures. De toute cette période, Christian Chesnot n’a rien oublié. Des mois « d’angoisse où l’on s’installe dans la captivité, où l’on essaie de sentir l’état d’esprit de nos ravisseurs ».

Un homme simple, réservé, encore marqué par ce triste évènement qui, deux ans après sa libération, se rend à l’évidence : « Je ne pourrais plus mettre les pieds en Irak ». La raison d’un homme l’a emportée devant sa passion pour le Proche et le Moyen-Orient : « Cette mésaventure fait partie des risques du métier. Aujourd’hui, les journalistes qui sont sur place, travaillent avec des gardes du corps. Moi, ça ne m’intéresse pas ». Depuis 2005, il occupe un poste en CDI à France Inter, un média qui n’envoie plus personne à Bagdad : « Ces histoires ont été un choc pour la profession ». Mais pas seulement

Une triste notoriété

Nombreux sont ceux qui, profondément sensibilisés par ce drame humain, ont surmonté leur tristesse dans un soutien au quotidien qui a suscité un élan de solidarité générale. La capture de Christian Chesnot et de son confrère Georges Malbrunot, est à l’origine d’une mobilisation inédite en France : « On comprenait cette sensibilisation mais pour nous c’était tellement irréel. Notre seul rapport à ce type d’événement, c’était la prise d’otage de Kauffmann* au Liban, dit-il. Nous savions cependant que ça faisait du bruit parce que des bribes nous arrivaient ». 

 Héroïque malgré lui

C’est seulement à son arrivée sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay, que Christian Chesnot mesure l’ampleur de la situation : « C’est un choc pour nous, on ne s’attend pas à çà. C’est seulement avec le ministre qu’on commence à réaliser ».

Sonné mais libéré. Les deux confrères comprennent que les nombreux soutiens ont été positifs et « utiles pour empêcher l’exécution ». Christian Chesnot est soulagé, « le rescapé » se considère même « privilégié » d’aspirer à une nouvelle liberté. Il se soumet aux déclarations, « par devoir moral, explique-t-il. Tout le monde m’a soutenu, (…) ne pas répondre à leurs questions aurait été anormal ». Un homme sensible, humain, toujours à l’écoute et considérablement perturbé : « A notre arrivée, je ne peux pas m’échapper ; j’appartiens aux gens, mais ça part d’un bon sentiment ».

« Le Moyen-Orient est amplifié par les médias »chesnot_libre

Pendant quatre mois, cette prise d’otages en Irak se trouve au cœur de l’actualité. « Le journaliste qui travaille dans un pays en guerre a un statut particulier, il incarne le reporter de terrain qui va au front, qui joue un grand rôle pour l’information ». C’est la raison pour laquelle, selon l’ex-otage, la mobilisation a été aussi forte. « Le journaliste est au service du citoyen. Par conséquent, il fait partie intégrante de la démocratie », ajoute-t-il.
Conscient de l’hyper puissance médiatique et de son rôle essentiel dans sa libération, le journaliste et spécialiste du Moyen-Orient précise que « cette région sensible est assez amplifiée par les médias. Je n’étais pas dans l’optique d’un correspondant de guerre comme cela a pu être interprété. Contrairement aux photographes et aux cameraman qui, eux, sont aux premières loges ».

C’est pourtant bien Christian Chesnot qui a balayé ces longs mois de détention à la force du moral. C’est encore plus douloureux de se dire que cette capture aurait très bien pu ne pas avoir lieu : « C’était un rapt d’opportunité, nous n’avons pas eu de chance. Nous serions passés une heure plus tard, jamais cela nous serait arrivé ».

* Journaliste détenu en otage au Liban de mai 1985 à mai 1988 

christian_chesnotChristian Chesnot en quelques dates

40 ans – Journaliste, spécialiste du Proche et Moyen-Orient

1989 : Diplômé d’IEP (Institut d’Etudes Politiques) et du CFJ (Centre de formations des journalistes)

1989 à 1992 : Journaliste auprès du quotidien francophone Le Progrès égyptien au Caire

1993 à 1999 : Collaborateur pour différents médias (Le Point, France Inter, France Info, France Culture, Le Monde diplomatique)

1999 : Correspondant-pigiste à Amman (Jordanie). Christian Chesnot couvre les évènements en Syrie et au Liban


2002 : Sortie de l’ouvrage Palestiniens 1948 - 1998


20 août 2004 : Enlevé et pris en otage par l’armée islamique en Irak, avec son confrère Georges Malbrunot (RFI, Radio France) et son guide syrien, Mohammed Al Joundi


21 décembre 2004 : Libération des deux otages


Mai 2005 : Sortie de l’ouvrage Mémoires d’otages, notre contre-enquête


Depuis 2005 : Journaliste à France Inter (service étranger)