Connue pour avoir animé les débats présidentiels de l’entre deux tours en 1981 et 1988, Michèle Cotta incarne la sagesse, la passion, la raison. Trois qualités qui s’expliquent par sa grande expérience du milieu journalistique. Ou plus précisément du journalisme politique.

Arrivée finalement avec deux heures de retard, son planning est bouleversé, mais elle n’hésite pas à m’accorder de son temps. Et ce dernier est précieux. Aujourd’hui, à la fois journaliste politique à La Chaîne Parlementaire, chroniqueuse pour le Nouvel Economiste et écrivaine, Michèle Cotta a un CV digne des plus grands journalistes de renom.

L’aura qu’elle dégage ne peut laisser indifférent. Humble et sincère, Michèle Cotta, couverte d’une écharpe mauve assortie à un mince pull en laine, impressionne par son charisme. Une voix chaude et rassurante pour ce petit bout de femme au tempérament protecteur.

Attachée à son passé et fidèle en amitié

Originaire de Nice où elle a grandi, Michèle Cotta aime revenir sur sa terre natale pour retrouver ses enfants et ses amis. Et surtout pour passer du bon temps : « Je suis très attachée à cette région et puis, je m’y sens bien. Ce qui me reste surtout, ce sont mes années d’études en hypokhâgne. D’ailleurs, nous avons récemment organisé une rencontre avec tous les anciens khâgneux de Nice ». Fidèle à ses nombreux amis dont le temps n’a rien effacé, Michèle Cotta évoque, hormis sa meilleure amie qu’elle n’a pas quittée depuis la maternelle, Jean-Pierre Chevènement pour qui elle s’est liée d’amitié depuis leurs études communes à Sciences Po : « Le cocon amical est une grande force pour moi », confie-t-elle.

Fidèle à son passé, Michèle Cotta aime ce retour aux sources. Née en 1937 à Nice, ses souvenirs de jeunesse restent les plus marqués. Fille du socialiste Jacques Cotta, élu maire de Nice en 1945, elle se vante de connaître mieux que personne toutes les communes des Alpes-Maritimes. Pendant la campagne électorale de son père, elle a parcouru au moins la moitié du département : « Je le connais par cœur », se remémore t-elle avec émotion.

Ce département fait partie intégrante de sa vie. C’est ici qu’elle y a découvert une passion, chère à beaucoup d’azuréens : « Comme les Niçois, j’adore l’opéra. Le lyrique est un spectacle italien pour lequel je laisse vibrer mes émotions ».

« J’aime le midi, j’aime les gens, il y a moins de barrières ici qu’ailleurs ». Sociable et à l’écoute, Michèle Cotta est toujours prête à se livrer : « Je ne me considère pas bourgeoise, je me suis toujours sentie très populaire. C’est un peu idiot de vous dire çà… », comme gênée de se dévoiler ouvertement.

Une révélation pour le journalisme politique

Avant de monter à Paris, Michèle Cotta fait ses premières armes au Patriote, « mais j’étais toute petite, j’ai changé », comme pour se justifier d’avoir collaboré à un journal communiste. A 16 ans, elle multiplie les reportages pour le journal Ici Alpes-Maritimes.

A ce moment, elle ignore tout du journalisme politique mais « j’ai beaucoup lu et beaucoup appris grâce à des professeurs qui m’ont soutenu et renseigné sur l’Histoire ». Sa détermination et sa volonté d’apprendre l’ont portée vers l’excellence. A 20 ans, tout juste diplômée de Sciences Politiques à Paris, elle est embauchée à L’Express par Françoise Giroud. Elle infiltre le milieu politique de gauche pour recueillir des confidences : « J’y suis restée très longtemps, mais une fois qu’on a franchi le cap, on change tout le temps ». Son passage à L’Express a été un tremplin pour cette femme de Lettres qui multiplie dès lors les expériences journalistiques et les postes à responsabilité : « C’était l’époque où le journalisme est devenu audiovisuel et j’avais envie de suivre le mouvement ».

C’est alors que les chemins se multiplient. Les rencontres sont nombreuses et les propositions s’enchaînent. Après avoir usé de ses talents d’écriture pour le magazine Le Point, elle se convertit à la radio pour accéder en 1980 à la direction du service politique de RTL. Et tout s’accélère. Choisie pour animer le débat présidentiel en 1981 qui opposait Giscard d’Estaing à Mitterrand, elle devient très vite présidente de Radio France. Une promotion en or qui la propulse au poste suprême de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (ancêtre du CSA) de 1982 à 1986. Elle entre ensuite à la télévision où elle devient directrice de l’information générale à TF1 avant d’entrer à France 2 pour la même fonction.

Professionnelle et passionnée

Service privé, public, presse écrite, radio, télévision, la journaliste aux multi-compétences s’est vu confier les plus hautes fonctions. Une vie parfois « stressante » mais tellement riche et « agréable » : « Quand je ne suis pas active, je me sens inutile ». Une vie professionnelle qu’elle lie à sa passion : « J’ai de la veine d’avoir pu mêler les deux. Le langage est quelque chose de formidable, j’ai développé ma passion en observant les autres et en échangeant avec eux ».

Une femme humaine, psychologue, sereine, qui s’est imposée dans le milieu, sinon par une volonté d’apprendre toujours vivace, par une grande rapidité dans le travail : « J’écris un papier en dix minutes. Quand je dois traiter un dossier, je l’étudie au dernier moment ». Selon elle, la rapidité n’est pas une qualité, elle entraîne une « analyse qui peut être superficielle. Je n’ai jamais médité un acte, je marche au feeling et à l’instinct ».

D’autres qualités qui sont les siennes et dont elle ne peut certainement pas douter – l’intelligence ajoutée à la persévérence, une grande ouverture d’esprit, le tout avec probablement un peu de chance -, ont crée de ce monument vivant du journalisme, un être irremplaçable.

A bientôt 70 ans, la journaliste peut être fière de représenter l’un des maillons politiques incontournables de la chaîne audiovisuelle française.