Il est à l’origine du premier journal télévisé régional sur l’île de beauté. Sampiero Sanguinetti, un journaliste largement impliqué pour l’émancipation de l’information vis à vis des pouvoirs politiques, a expliqué jeudi après-midi aux étudiants en journalisme de Cannes, en quoi l’information en Corse est plus difficile à traiter que dans les autres régions de France.sampiero_sanguinetti

    « C’est très difficile de faire son métier sur une île en crise, telle la Corse, parce qu’il existe une grande proximité avec les gens ». A cinquante-cinq ans et une large expérience de l’investigation, Sampiero Sanguinetti sait de quoi il parle. Dans une région de 250 000 habitants, « tout le monde se connaît, toutes les histoires se propagent rapidement, le journaliste doit prouver qu’il en sait autant que les habitants », prévient-il. « C’est un climat particulièrement sensible, les rumeurs sont à combattre et c’est au journaliste de ne pas se faire piéger ».

Le risque est de « se sentir trop concerné et de manquer de recul. Si les gens ne sont pas contents, ils viennent nous le dire », ajoute Sanguinetti. Savoir rester objectif sur l’île n’est pas évident, de même que garder ses distances avec la population. Cela reste cependant une obligation.

De réelles menaces depuis une dizaine d’années

Le métier de journaliste « fait forcément des mécontents » et si ceux-là ne s’expriment pas, alors il y a danger : « Les menaces existent mais elles ne me font pas peur. S’il y a menace, il n’y a pas de passage à l’acte ». Sanguinetti considère le silence beaucoup plus dangereux. Avant 1995, il ne subsistait pas de risque physique pour les journalistes en Corse, c’est seulement après qu’ils sont apparus avec la guerre contre les nationalistes et la revendication de l’indépendance de la Corse. Même avec la plus grande rigueur, ils ne sont pas exempts de toutes menaces.

Trente-sept fois inculpé

Méditerranéen d’origine, aux cheveux longs et à la moustache grise, Sampiero Sanguinetti ressemble plutôt à un aventurier prêt à taper là où çà fait mal. A la limite de la rébellion à l’égard des pouvoirs politiques, ce syndicaliste aux trente-sept inculpations, jouit d’un charisme et d’une détermination qui le rendent crédible. Sa connaissance du métier l’a amené à prendre des positions légitimes dans un seul objectif, celui d’informer : « Par exemple, j’ai subi de grosses pressions du préfet parce qu’on disait que le nuage radioactif de Tchernobyl était passé en Corse. On s’est fait accuser d’être des charognards ».

Déterminé dès le début de sa carrière, il s’est battu pour son indépendance. Une liberté de parole et de ton qu’il revendique : « Il faut l’entretenir tous les jours. Je ne suis pas un support de la violence mais je suis pour la liberté d’expression ». Le risque est de se faire sortir par les autorités qui « ne supportent pas qu’on sorte des scandales ».

« Un journal télévisé qui dérangeait les autorités »

D’abord journaliste pour FR 3 Côte d’Azur dans les années 70, période pendant laquelle il « a appris à faire de la TV », il part en Corse en 1981 et y crée le premier journal télévisé régional. Promu rédacteur en chef de FR 3 Corse, il reste six ans avant de se faire inculper pour « offense à Chef d’Etat », et il est finalement limogé : « Je réalisais un journal très dérangeant pour les autorités qui étaient en situation difficile. Ils ont voulu me faire partir de force », déplore-t-il. Ce qui l’entraînera à voyager et à découvrir d’autres endroits sensibles, tels Palerme, Gaza ou Ramallah. Autant dire que les régions en crise lui sont familières.

Rappelé en Corse en 2001 pour monter un projet dont il est le fondateur, Via Stella, la nouvelle chaîne numérique de France 3 Corse, devrait voir le jour prochainement après de nombreuses incertitudes. Par la réalisation de ce projet, il se vante de participer au développement économique de la Corse, une région où le chômage reste très élevé.