08 mars 2007
Quand l’information se Corse…
Il est à l’origine du premier journal télévisé régional sur l’île de beauté. Sampiero Sanguinetti, un journaliste largement impliqué pour l’émancipation de l’information vis à vis des pouvoirs politiques, a expliqué jeudi après-midi aux étudiants en journalisme de Cannes, en quoi l’information en Corse est plus difficile à traiter que dans les autres régions de France.
« C’est très difficile de faire son métier sur une île en crise, telle la Corse, parce qu’il existe une grande proximité avec les gens ». A cinquante-cinq ans et une large expérience de l’investigation, Sampiero Sanguinetti sait de quoi il parle. Dans une région de 250 000 habitants, « tout le monde se connaît, toutes les histoires se propagent rapidement, le journaliste doit prouver qu’il en sait autant que les habitants », prévient-il. « C’est un climat particulièrement sensible, les rumeurs sont à combattre et c’est au journaliste de ne pas se faire piéger ».
Le risque est de « se sentir trop concerné et de manquer de recul. Si les gens ne sont pas contents, ils viennent nous le dire », ajoute Sanguinetti. Savoir rester objectif sur l’île n’est pas évident, de même que garder ses distances avec la population. Cela reste cependant une obligation.
De réelles menaces depuis une dizaine d’années
Le métier de journaliste « fait forcément des mécontents » et si ceux-là ne s’expriment pas, alors il y a danger : « Les menaces existent mais elles ne me font pas peur. S’il y a menace, il n’y a pas de passage à l’acte ». Sanguinetti considère le silence beaucoup plus dangereux. Avant 1995, il ne subsistait pas de risque physique pour les journalistes en Corse, c’est seulement après qu’ils sont apparus avec la guerre contre les nationalistes et la revendication de l’indépendance de la Corse. Même avec la plus grande rigueur, ils ne sont pas exempts de toutes menaces.
Trente-sept fois inculpé
Méditerranéen d’origine, aux cheveux longs et à la moustache grise, Sampiero Sanguinetti ressemble plutôt à un aventurier prêt à taper là où çà fait mal. A la limite de la rébellion à l’égard des pouvoirs politiques, ce syndicaliste aux trente-sept inculpations, jouit d’un charisme et d’une détermination qui le rendent crédible. Sa connaissance du métier l’a amené à prendre des positions légitimes dans un seul objectif, celui d’informer : « Par exemple, j’ai subi de grosses pressions du préfet parce qu’on disait que le nuage radioactif de Tchernobyl était passé en Corse. On s’est fait accuser d’être des charognards ».
Déterminé dès le début de sa carrière, il s’est battu pour son indépendance. Une liberté de parole et de ton qu’il revendique : « Il faut l’entretenir tous les jours. Je ne suis pas un support de la violence mais je suis pour la liberté d’expression ». Le risque est de se faire sortir par les autorités qui « ne supportent pas qu’on sorte des scandales ».
« Un journal télévisé qui dérangeait les autorités »
D’abord journaliste pour FR 3 Côte d’Azur dans les années 70, période pendant laquelle il « a appris à faire de la TV », il part en Corse en 1981 et y crée le premier journal télévisé régional. Promu rédacteur en chef de FR 3 Corse, il reste six ans avant de se faire inculper pour « offense à Chef d’Etat », et il est finalement limogé : « Je réalisais un journal très dérangeant pour les autorités qui étaient en situation difficile. Ils ont voulu me faire partir de force », déplore-t-il. Ce qui l’entraînera à voyager et à découvrir d’autres endroits sensibles, tels Palerme, Gaza ou Ramallah. Autant dire que les régions en crise lui sont familières.
Rappelé en Corse en 2001 pour monter un projet dont il est le fondateur, Via Stella, la nouvelle chaîne numérique de France 3 Corse, devrait voir le jour prochainement après de nombreuses incertitudes. Par la réalisation de ce projet, il se vante de participer au développement économique de la Corse, une région où le chômage reste très élevé.
13 février 2007
Journaliste ex-otage : Après la célébrité, la liberté
e l’existence ». Cent-vingt quatre jours de détention en Irak.
Une expérience bouleversante. Des minutes qui durent des heures. De toute cette
période, Christian Chesnot n’a rien oublié. Des mois « d’angoisse où
l’on s’installe dans la captivité, où l’on essaie de sentir l’état d’esprit de
nos ravisseurs ».
Un homme simple, réservé, encore
marqué par ce triste évènement qui, deux ans après sa libération, se rend à
l’évidence : « Je ne pourrais plus mettre les pieds en Irak ».
La raison d’un homme l’a emportée devant sa passion pour le Proche et le
Moyen-Orient : « Cette mésaventure fait partie des risques du
métier. Aujourd’hui, les journalistes qui sont sur place, travaillent avec des
gardes du corps. Moi, ça ne m’intéresse pas ». Depuis 2005, il occupe
un poste en CDI à France Inter, un média qui n’envoie plus personne à
Bagdad : « Ces histoires ont été un choc pour la profession ».
Mais pas seulement.
Une triste notoriété
Nombreux sont ceux qui, profondément sensibilisés par ce drame humain, ont surmonté leur tristesse dans un soutien au quotidien qui a suscité un élan de solidarité générale. La capture de Christian Chesnot et de son confrère Georges Malbrunot, est à l’origine d’une mobilisation inédite en France : « On comprenait cette sensibilisation mais pour nous c’était tellement irréel. Notre seul rapport à ce type d’événement, c’était la prise d’otage de Kauffmann* au Liban, dit-il. Nous savions cependant que ça faisait du bruit parce que des bribes nous arrivaient ».
Héroïque malgré lui
C’est seulement à son arrivée sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay, que Christian Chesnot mesure l’ampleur de la situation : « C’est un choc pour nous, on ne s’attend pas à çà. C’est seulement avec le ministre qu’on commence à réaliser ».
Sonné mais libéré. Les deux confrères comprennent que les nombreux soutiens ont été positifs et « utiles pour empêcher l’exécution ». Christian Chesnot est soulagé, « le rescapé » se considère même « privilégié » d’aspirer à une nouvelle liberté. Il se soumet aux déclarations, « par devoir moral, explique-t-il. Tout le monde m’a soutenu, (…) ne pas répondre à leurs questions aurait été anormal ». Un homme sensible, humain, toujours à l’écoute et considérablement perturbé : « A notre arrivée, je ne peux pas m’échapper ; j’appartiens aux gens, mais ça part d’un bon sentiment ».
« Le Moyen-Orient est
amplifié par les médias »
Pendant quatre mois, cette prise
d’otages en Irak se trouve au cœur de l’actualité. « Le journaliste qui
travaille dans un pays en guerre a un statut particulier, il incarne le
reporter de terrain qui va au front, qui joue un grand rôle pour l’information ».
C’est la raison pour laquelle, selon l’ex-otage, la mobilisation a été aussi
forte. « Le journaliste est au
service du citoyen. Par conséquent, il fait partie intégrante de la
démocratie », ajoute-t-il.
Conscient de l’hyper puissance médiatique
et de son rôle essentiel dans sa libération, le journaliste et spécialiste du
Moyen-Orient précise que « cette région sensible est assez amplifiée
par les médias. Je n’étais pas dans l’optique d’un correspondant de guerre
comme cela a pu être interprété. Contrairement aux photographes et aux
cameraman qui, eux, sont aux premières loges ».
C’est pourtant bien Christian Chesnot qui a balayé ces longs mois de détention à la force du moral. C’est encore plus douloureux de se dire que cette capture aurait très bien pu ne pas avoir lieu : « C’était un rapt d’opportunité, nous n’avons pas eu de chance. Nous serions passés une heure plus tard, jamais cela nous serait arrivé ».
* Journaliste détenu en otage au Liban de mai 1985 à mai 1988
Christian Chesnot en quelques dates
40 ans – Journaliste, spécialiste du Proche et Moyen-Orient
1989 : Diplômé d’IEP (Institut d’Etudes
Politiques) et du CFJ (Centre de formations des journalistes)
1989 à 1992 : Journaliste auprès du quotidien
francophone Le Progrès égyptien au Caire
1993 à 1999 : Collaborateur pour différents médias (Le Point, France Inter, France Info, France Culture, Le Monde diplomatique)
1999 : Correspondant-pigiste à Amman (Jordanie). Christian Chesnot couvre les évènements en Syrie et au Liban
2002 : Sortie de l’ouvrage Palestiniens 1948 - 1998
20 août 2004 : Enlevé et pris en otage par l’armée islamique en Irak, avec son confrère Georges Malbrunot (RFI, Radio France) et son guide syrien, Mohammed Al Joundi
21 décembre 2004 :
Libération des deux otages
Mai 2005 : Sortie de l’ouvrage Mémoires d’otages, notre contre-enquête
Depuis 2005 : Journaliste à France Inter (service étranger)
10 novembre 2006
Jean-Pierre Murciano (juge d’instruction à Grasse) : un homme de parole
Juge d'instruction à Grasse depuis dix-neuf ans, Jean-Pierre Murciano a enquêté sur de nombreuses affaires de délinquance internationale ou d'opérations mafieuses dans la région. Un métier à risques qu'il a entrepris après dix années d'expériences professionnelles et qui suppose, selon lui, une grande expérience du terrain pour être efficace.
Devant les aspirants journalistes de l'IUT de Cannes, le juge Murciano a démonté les rouages de la justice française et a démontré ses dysfonctionnements, avant d'expliquer pourquoi la presse doit être un atout pour la justice.
Grand banditisme, dérives mafieuses, escroqueries, drogue : la liste est longue. A cinquante-cinq ans, le juge d'instruction Jean-Pierre Murciano a acquis une renommée, après avoir traité de multiples dossiers particulièrement sensibles. Il se définit lui-même comme « un magistrat atypique » puisque, d'une part, ayant effectué une formation de psychologue, il n'a pas suivi le même cursus que ses collègues et, d'autre part, cela fait dix-neuf ans qu'il est en poste à Grasse, une situation peu fréquente : « Les infractions compliquées supposent une connaissance du terrain qui s'acquiert au fil des années et permet de comprendre les fonctionnements souterrains de la région », dit-il.
« Le juge d'instruction règle les comportements anti-sociaux des gens », déclare-t-il. C'est tout un corps hiérarchisé, le parquet (composé du substitut du procureur, d'un procureur adjoint, du ministre) qui régule le fonctionnement de la justice. C'est le parquet qui demande au juge d'instruction d'enquêter. Une fois que le dossier est ouvert, le juge d'instruction a beaucoup de pouvoirs mais ils restent limités : « Il existe une volonté politique que les dossiers sensibles n'échappent pas au parquet au profit du juge d'instruction », analyse Jean-Pierre Murciano.
« Le procès d'Outreau n'est qu'une erreur humaine »
Pour lui, la justice française est pleine de dysfonctionnements : « En France, la politique pénale est influencée par le politique alors qu'en Italie, les magistrats se trouvent complètement indépendants du pouvoir. Les sources d'erreurs viennent de l'absence de contrôle total et réel du juge d'instruction ».
L'exemple type du procès d'Outreau n'est qu'« une erreur humaine ». Selon le juge Murciano, « comment empêcher que les magistrats se trompent si on ne change pas beaucoup de choses dans le système ? »
De nombreux paradoxes émaillent la justice et le juge Murciano ne se prive pas d'y faire référence.
Les relations avec la presse, par exemple. En France, il est interdit de critiquer des décisions de justice. Cependant, la presse peut les commenter.
Murciano pour la levée du secret de l'instruction
L'article 11 du Code Pénal interdit aux magistrats d'être en relation avec les journalistes, sous peine de prison. En revanche, selon Jean-Pierre Murciano, « la presse est le dernier rempart de la démocratie aujourd'hui. Lorsqu'on a à faire à des dossiers sensibles, elle permet de ne pas les oublier ». Les relations avec la presse sont bannies mais « tous les juges [y] ont eu recours pour permettre à leur enquête de prospérer », constate-t-il.
D'ailleurs, Jean-Pierre Murciano milite pour la levée du secret de l'instruction. Le syndicat de la magistrature s'est prononcé dans ce sens puisque le fait que la presse n'a pas les mêmes limites apporterait peut-être un plus à la justice : « Il faudrait autoriser les rapports avec la presse puisqu'elle est une source d'informations importantes pour la compréhension des dossiers », souhaite le juge.
La justice française semble cacher de nombreuses imperfections. Alors que le pouvoir de l'argent domine la société et que le pouvoir politique domine la justice, peut-on supposer que les principes mêmes de la démocratie sont en danger ?
21 avril 2006
Alain LOUYOT : Prix Albert Londres 1985
Grand reporter au service presse
étrangère du journal « Le Point » pendant treize ans, Alain Louyot
obtient le prix Albert Londres en 1985 qui le propulse à la rédaction de
« L’Express », et l’amènera 20 ans plus tard, à la direction de la
rédaction du journal hebdomadaire « L’Expansion ».
1985, c’est l’année de la
gloire pour Alain Louyot. Journaliste au Point, il reçoit le Prix Albert
Londres. Un prix qui récompense tous les ans le meilleur grand reporter de la
presse écrite.
Cette reconnaissance lui a naturellement apporté des opportunités : « Grâce à ce prix, j’ai d’abord été embauché à l’Express en tant que rédacteur en chef adjoint de la rubrique Europe, puis à l’Expansion où j’ai accédé tout récemment à la direction de la rédaction ».
" La presse hebdomadaire résiste"
Ce prix est pour beaucoup dans la carrière d’Alain Louyot. Il
n’est cependant pas indispensable, selon lui, pour réussir dans le
métier : « Il est certes difficile de rentrer dans une entreprise de
presse. Mais c’est la motivation et la volonté qui fait la différence »,
dit-il.
Par une démarche qui se veut pédagogique, il encourage les
étudiants qui ont tendance à douter suite à la crise que subit la presse :
« Quoi qu’on vous propose, foncez ! Conseille-t-il. Comme la priorité
est faite aux embauches internes, une fois entré dans le journal, les chances
d’évoluer seront bien plus grandes ».
La presse hebdomadaire semble toutefois souffrir beaucoup moins que
la presse quotidienne, concurrencée par les gratuits.![]()
Les français sont de grands consommateurs de magazines :
« Nous résistons mieux que les quotidiens face à la crise, "Le
Point" a même amélioré son chiffre et nous, nous continuons de gagner de
l’argent », se satisfait Alain Louyot. Cependant, les recettes des ventes
ne sont pas suffisantes pour la survie du journal. Aux abonnements s’ajoute les
chiffres de la publicité, les ventes en kiosque et surtout, des ressources
complémentaires et indispensables apportées par les 17 autres magazines
("Lire", "L’Etudiant", "Votre Argent", "L’Entreprise" etc…), nés de l’Express et qui lui appartiennent
désormais : « Nous profitons du titre reconnu pour fonder de nouveaux
journaux ; ils apportent une bonne santé financière », explique-t-il.
Un atout en or : le temps
La presse hebdomadaire bénéfice d’un atout prédominant lui
permettant d’être plus performante que les quotidiens.
Le temps est un véritable allié chez les hebdos, « il
faut en profiter pour enrichir son carnet d’adresse » et il permet, selon
Alain Louyot, une plus grande qualité dans le traitement des infos. « Cela
veut dire qu’on doit apporter de l’inédit, en anticipant les sujets, et en
présentant un regard original et décalé ».
A "Express-Expansion", il existe quatre grands
services (politique intérieure et étrangère, économie et société) ainsi que
deux services complémentaires (culture et environnement) appuyés par une
centaine de journalistes et plus de soixante correspondants à l’étranger.
Dans un tel groupe de presse, il est indispensable de rassembler
de nombreuses qualités, surtout dans la forme : « Contrairement au "Nouvel Obs" où chacun a une plume littéraire, ici, nous souhaitons
éviter une personnification de l’écriture. Nous voulons une compétence, une
exigence mais une simplicité ».
19 mars 2006
Journal Télévisé de France 3 : L'information au service (du) public
Après avoir décrit le fonctionnement du service
public, Gilles Vaubourg, directeur régional de France 3 Méditerranée, a
présenté
devant les étudiants en journalisme de l’IUT de Cannes, une vision
plutôt optimiste de l’information générale en presse télévisée. Malgré les
exigences qu’impose ce média : rapidité, rigueur et anticipation.
« L’objectif
du service public est de faire une TV honnête et respectueuse de ses
téléspectateurs ». Voici, selon Gilles Vaubourg, la vraie valeur de
l’information sur France 3. « Nous devons plaider pour une véritable
différence dans le traitement des sujets, en abordant tous les thèmes, et en
touchant tous les publics ».
Après avoir été formé à l’école de journalisme de Strasbourg, Gilles Vaubourg a débuté sa carrière sur la deuxième chaîne (aujourd’hui, France 2), avant de cumuler des postes de cadre, de rédacteur en chef, de directeur régional et national pour le service public.
Par une démarche qui se veut avant tout pédagogique, teintée d’anecdotes et d’optimisme, Gilles Vaubourg veut transmettre ouvertement sa passion.
« L’essentiel est
d’éclairer le téléspectateur »
L’ancien présentateur de Soir 3 met l’accent sur les exigences journalistiques en presse télévisée : « Il est nécessaire de se poser les bonnes questions en anticipant les évènements, et surtout être capable d’une grande rapidité d’exécution ; l’essentiel étant de décoder l’information et d’éclairer le téléspectateur ».
Clairvoyance, perception et rigueur semblent être les notions indispensables au succès d’un JT. Pour cela, les conférences de rédaction se réalisent dans un désir de progression et dans l’idée de proposer au public le contraire d’une « TV fast-food. En se basant sur les faits avérés, le JT doit donner les clés au téléspectateur pour comprendre l’information et l’amener à se questionner sur celle-ci », pense-t-il.
A ce niveau, il est indispensable que les journalistes « disposent de qualités intellectuelles permanentes et d’une curiosité professionnelle inlassable ». Pourquoi ?
« Pour offrir aux gens qui nous regardent une information maîtrisée et claire sur un évènement. Il y a toujours des choses à gratter derrière des dépêches d’agence. Si l’on se contente de l’écume des choses, on devient accablant face au téléspectateur. Il faut aller au fond, comparer ».
Autrement dit, le journaliste doit chercher les informations, les vérifier constamment, et les approfondir afin de trouver le choix juste de l’angle, qui peut varier selon la ligne éditoriale : « Quand une information éclate, nous éclairons d’abord le sujet ; nous diversifions ensuite les approches », recommande t-il.
A l’opposé de sa consoeur, Francine Buchy (rédactrice en chef à TF1-Voir article plus bas-), Gilles Vaubourg apparaît plus objectif et plein de franchise. Une ouverture d’esprit -qui s’explique peut-être par cette collaboration avec le service public-, bien loin du JT « populaire, voire poujadiste » de Jean-Pierre Pernaut.
En plus d’apporter son expérience, Gilles Vaubourg joue la carte de l’éternel optimiste, nuancée cependant par une inquiétude perceptible : celle de voir arriver de nouvelles chaînes d’information, et, par conséquent, une dangereuse concurrence : « En presse télévisée, nous voulons être regardés par le plus grand nombre de personnes. Si ce n’est pas le cas, c’est que nous ne correspondons pas ! ».
D’où l’importance de la richesse et de la diversité des sujets traités, pour viser toujours la première place dans la course à l’audience.
27 janvier 2006
Francine Buchy (TF1) : Une rédactrice en chef mi-figue mi-raisin
En recevant Francine
Buchy de TF1, les étudiants en journalisme de Cannes s’attendaient à
recevoir, sinon des scoops, des informations captivantes. Cela n’a pas été le
cas ! En détaillant son parcours professionnel, certes remarquable et
enrichissant, Francine Buchy est restée la plupart du temps approximative dans
ses déclarations.
On ne peut en aucun cas lui reprocher sa cordialité ; en revanche, elle n’a cessé de laisser planer des doutes.
A-t-elle eu peur que ses propos soient mal interprétés ? Toujours est-il qu’elle a contourné les questions qui lui étaient posées. Quand on cherche par exemple, à comprendre les débordements de Patrick Poivre d’Arvor, elle reconnaît qu’il a fait quelques erreurs mais s’abstient d’en débattre : « Je m’interdis de le critiquer moralement ; il possède une parfaite rigueur dans le travail et une très grande qualité journalistique».
Chacun des journalistes de la rédaction a eu droit, comme PPDA, à son petit hommage. Anthony Dufour, journaliste lillois qui est parti au Japon couvrir l’Asie pour TF1 : « Il a été très courageux parce qu’il a pris sa caméra et est parti tout seul là-bas. C’est une merveilleuse histoire de journaliste ». Sans oublier la reconnaissance indirecte pour Jean-Pierre Pernaut : « Son journal est regardé par 52% des téléspectateurs ».
« Nous ne sommes pas extrême droite, nous ne sommes pas extrême gauche »
Les étudiants auraient souhaité qu’elle se dévoile un peu plus, sur le relationnel au sein de la rédaction, même si elle avoue « qu’il ne faut pas se laisser manipuler ». Ou sur le penchant politique du journal (évidemment de droite pour les étudiants). Elle reste très distante : « On nous dit en effet que TF1 dégage une sensibilité de droite mais je ne vois pas vraiment pourquoi, puisque nous tenons à assurer notre fonction professionnelle le plus justement possible ». Encore une fois, elle fuit un peu la question et semble ne pas assumer complètement cette image qui domine par les sujets traités dans le journal : « On n’est pas furieusement extrême gauche, on n’est pas furieusement extrême droite, nous sommes un journal généraliste, populaire et de qualité. Etant observés à la loupe par le CSA, nous sommes obligés de respecter l’équilibre et le temps d’antenne de chacun », se défend-elle. A travers ses propos, les étudiants ressentent un léger manque d’objectivité.
Un domaine de prédilection : l’environnement
Elle est entrée dans la profession en 1971, « à la préhistoire de la TV », après avoir obtenu un diplôme d’études politiques, ce qui explique peut-être sa méfiance, et après un parcours universitaire à l’école de Journalisme de Strasbourg.
D’abord pour France 3, elle savoure le titre de première présentatrice de journal télévisé national en 1975, avant de rejoindre TF1 en 1982 pour la même fonction, cette fois-ci, avec un co-présentateur. Quelques années passent, et elle découvre les joies du reportage pour le magazine « 52 sur la Une ». Son nom est bien ancré dans le milieu, elle obtient ensuite le poste de chef adjoint de l’information générale qu’elle occupe pendant six ans.
Aujourd’hui, la rédaction de TF1, dont le siège se situe à Boulogne, est divisée en cinq grands services ; l’un d’eux, consacré aux questions d’environnement et de société, est intitulé « Notre Epoque ». Elle le dirige en tant que rédactrice en chef : « On a du batailler pour imposer ce domaine qui peut être assez marginal par rapport à la multiplicité de l’univers, des drames et des horreurs qui attirent l’attention ». Elle explique que les reportages doivent être très courts (1 min 20 pour le 20 h et 2 min 30 pour le 13 h), et qu’il est indispensable de se limiter dans l’information. D’où sans doute, cette crainte de renouveler les JT de TF1 ; ils conservent un public fidèle et il serait donc dangereux d’innover : « Dans la rédaction, les journalistes sont peut-être trop blancs, et ils sont tous issus du même milieu culturel, ce qui explique le déphasage avec beaucoup de jeunes », reconnaît-elle.
Une petite tête blonde, aux larges sourires parfois serrés, Francine Buchy, journaliste passionnée et ambitieuse, est parvenue à cumuler travail et famille, même si elle avoue que « ce métier vous bouffe. Cependant, la rédaction étant ainsi stable, nous pouvons mieux comprendre cette cohésion dans le groupe ».
Un travail qui exige des sacrifices, de la réflexion et de la finesse, dans le langage, et dans l’esprit. Et çà, Francine Buchy l’a bien compris.

